L’expert Brahim Mouhouche à « L’invité du jour » : « la priorité doit aller à l’alimentation en eau potable »

Mouhouche CH 3
27/04/2026 - 08:57

L’expert en agronomie et en hydraulique Brahim Mouhouche a longuement analysé ce lundi les récentes décisions du nouveau ministre des Ressources hydriques, notamment après sa visite à Annaba.

Intervenant dans l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio Algérie Multimédia, M. Mouhouche estime que « la décision d’interdire l’utilisation de l’eau potable pour l’irrigation agricole et l’industrie mérite d’être nuancée », car selon lui, « certaines situations peuvent justifier un usage encadré, tandis que d’autres doivent impérativement l’exclure. »

L’expert rappelle d’abord que « la problématique de l’eau constitue le défi majeur en Algérie, bien avant toute autre contrainte structurelle », soulignant que « l’eau destinée à la consommation humaine ne représente que 3 à 5 % des besoins globaux ».

M. Mouhouche précise que « la priorité doit aller à l’alimentation en eau potable, suivie de l’abreuvement du bétail, puis des cultures pérennes et enfin des cultures annuelles », tout en intégrant les impératifs industriels.

Généraliser le recyclage des eaux usées et les réutiliser dans l’industrie

Concernant l’industrie, il estime « qu’elle ne doit pas nécessairement recourir à l’eau potable ». Il plaide pour « une généralisation du recyclage des eaux usées et leur réutilisation dans l’industrie, une pratique encore insuffisamment développée. Cette orientation permettrait de préserver les ressources de qualité pour les usages essentiels. »

Les stations de dessalement couvrent entre 40 et 47 % des besoins en eau potable

Abordant la question du dessalement, l’expert rappelle que « les stations existantes couvrent aujourd’hui entre 40 et 47 % des besoins en eau potable (…) Toutefois, leur fonctionnement reste dépendant de contraintes techniques, notamment la turbidité de l’eau lors des crues ».

M. Mouhouche explique que les filtres, coûteux et sensibles, peuvent se colmater rapidement lorsque l’eau est chargée en particules », ce qui impose, selon lui, « parfois l’arrêt temporaire des installations. Ces interruptions, combinées aux opérations de maintenance, expliquent certaines perturbations récentes. »

Face à ces limites, il met en avant « l’importance des interconnexions entre barrages et réseaux, permettant de compenser localement les déficits ». Il souligne également « l’intérêt de la commande à distance, promue par le ministre, qui s’inscrit dans une logique de modernisation. Cette technique permet de piloter à distance les infrastructures hydrauliques, d’optimiser les flux et de réagir rapidement aux variations climatiques. »

Appel à une prise de conscience collective contre le gaspillage de l'eau

Enfin, l’expert alerte sur un problème structurel majeur, à savoir  « les pertes d’eau ». Il évoque des taux de déperdition allant de 40 à 50 %, dus à la fois aux fuites dans les réseaux et au gaspillage. M. Mouhouche insiste sur « l’absence de traçabilité et sur le fait que l’eau, fortement subventionnée, n’est pas perçue à sa juste valeur », ce qui freine les comportements responsables.

Au-delà des décisions techniques, il appelle « à une prise de conscience collective ». La gestion rationnelle de l’eau, conclut-il, représente « un enjeu vital » pour l’avenir du pays, bien plus qu’une simple question sectorielle.

 

Farid B-radio Algérie Multimédia

Source
Radio Algérie Multimédia