Abdelkrim Chelghoum : « si la loi relative aux risques majeurs n’est pas appliquée, l’Algérie connaitra des catastrophes qu’elle ne pourra pas gérer »

Abdelkrim Chelghoum : « si la loi relative aux risques majeurs n’est pas appliquée, l’Algérie connaitra des catastrophes qu’elle ne pourra pas gérer »

21/11/2021 - 10:17

Routes inondées, glissements de terrains, risque d’effondrement… Les dernières pluies ont mis à nu le non respect de La loi 04-20 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable, dénonce, ce dimanche matin, Abdelkrim Chelghoum, président du Club algérien des risques majeurs, dans l’Invité de la rédaction de la Chaine3 de la Radio Algérienne. « Si cette loi n’est pas appliquée de façon draconienne, l’Algérie va connaitre des catastrophes qu’elle ne pourra pas  gérer », met en garde l’expert.

Selon lui, «  on ne peut pas gérer les risques majeurs à partir du sommet, il faut les gérer à partir de la base ». « La mairie représente la colonne vertébrale dans l’organisation de toute prévention contre les risques majeurs, comme stipulé dans la loi 04-20 », explique le président du Club algérien des risques majeurs. Il point du doigt la responsabilité des autorités locales : « ce que nous vivions aujourd’hui en Algérie, ce sont les conséquences des défaillances, des carences majeures et de l’impréparation des mairies dans la gestion des risques sur leur territoire ».

Il relève que les dernières pluies ne sont pas considérées comme un phénomène hors norme : « des pluies saisonnières qui étaient certes fortes, environs 400 mm de précipitations en une semaine, mais pas diluviennes comme certains le prétendent, ont paralysé 57 communes de la capitale. Cela veut dire que les mesures préventives basiques et minimales n’ont pas été implémentées dans ces périmètres ».

« Partout en Algérie, il y a des milliers de constructions qui ne respectent pas la loi 04-20 »

« La loi 04-20 est une loi importante pour notre pays, elle a été élaborée juste après le séisme de Boumerdes, des milliers de sites dans cette zone sinistrée ont été expertisés, les conclusions ont montré que la cause principale des effondrements (dans 80% des cas) c’était le mauvais choix des sols. Tout cela est fixé dans la loi 04-20 », rappelle Abdelkrim Chelghoum, qui regrette que cette loi ne soit pas appliquée. « Malheureusement, à travers l’ensemble du territoire national, il y a des milliers d’exemples de construction qui ne respectent pas la loi 04-20 ».

« Les inondations ont dévoilé les points noirs et le bricolage dans l’urbanisation et l’aménagement du territoire », constate le président du Club algérien des risques majeurs, avant de s’interroger sur les conséquences de phénomènes plus graves : « quels seraient les résultats en cas de séisme majeur ? »

« Le promoteur de l’immeuble de Bir Mourad rais n’aurait pas du obtenir de permis de construire »

Citant le cas de l’immeuble en construction, au bord de l’une des falaises du quartier de Bir Mourad Rais, dans la capitale, et qui menace de s’effondrer depuis les dernières pluies, l’expert s’étonne du fait que le promoteur soit en possession de tous les documents légaux lui permettant de construire sur ce terrain : « si l’on se réfère à la loi 04-20, ce promoteur n’aurait pas dû obtenir de permis de construire ».

Son diagnostic sur cet édifice est sans appel : « depuis 40 ans que je calcule les ouvrages et que je simule les sols, je peux vous dire que ce bâtiment ne peut pas tenir ». La seule solution, affirme l’expert, c’est de « procéder au plus vite à son démembrement technique de façon à ne pas toucher le voisinage ». « La loi 04-20, parue en 2004, n’a pas été appliquée et il lui manque encore une trentaine de textes d’application que nous avons proposé et qui sont restés lettre morte », témoigne l’expert, qui appelle à prendre en charge cette problématique à haut niveau. « La gestion des risques majeurs relève de la sécurité nationale et la sécurité nationale relève de la présidence de la République. Il est grand temps de revoir la tutelle des institutions en charge de la gestion des grandes catastrophes naturelles et technologiques », recommande le président du Club algérien des risques majeurs.

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