L'œuvre intellectuelle et anthropologique de Mouloud Mammeri demeure, plus de trois décennies après sa disparition le 26 février 1989, un legs important pour la préservation du patrimoine immatériel national, soulignent des chercheurs.
Ecrivain, linguiste, anthropologue et chercheur, Mouloud Mammeri a dédié sa vie à sortir de l'ombre des pans entiers de la culture populaire algérienne qu’il a su faire passer d’une tradition orale fragile à un sujet d’étude scientifique.
Son œuvre "l'Ahellil du Gourara" (1984) illustre cette volonté de sauvegarde du patrimoine immatériel. En consignant ces chants rituels du sud algérien, il a permis leur classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, avait souligné l'anthropologue Hamid Billek, précisant, lors d'un hommage à l'écrivain, que le dossier pour le classement de l'Ahellil sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO (intervenu en 2008) était essentiellement composé de travaux de Mouloud Mammeri.
C'est en explorant la région du Gourara, au nord du Touat dans le Sahara algérien, que Mammeri découvre cette richesse culturelle et décide d'agir. Il constitue une équipe pluridisciplinaire afin de recueillir la poésie et les chants polyphoniques traditionnels, transcrivant les poèmes et les expressions populaires locales pour assurer leur survie.
Par ailleurs, son travail sur la poésie répond aussi à ce souci de préservation. Dans "Les Isefra de Si Mohand" et "Poèmes kabyles anciens", Mammeri n'a pas seulement traduit, il a aussi réussi à transmettre une façon de vivre et une organisation sociale. Comme il le soulignait lui-même, la culture n'est pas un vestige figé, mais une "sève vivante" qui irrigue l'identité nationale.
"La culture n'est pas un vestige, c'est une sève, elle n'est pas un objet de contemplation nostalgique, elle est l'aliment de notre présent et le levain de notre futur", lit-on dans son oeuvre posthume "Culture savante, culture vécue" (1991).
A l'Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (UMMTO), les chercheurs continuent d'étudier cette méthodologie alliant rigueur académique et sensibilité de terrain, observant qu'il a instauré une véritable "rupture épistémologique".
Il a utilisé les outils de la modernité (phonétique, syntaxe, sémiologie) pour réhabiliter des savoirs ancestraux. Les universitaires rappellent également que la création du Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques (CRAPE) sous sa direction est considéré comme "une action fondatrice d’un processus de production d’un savoir préhistorique national", relève Mourad Betrouni (UMMTO).
Le rôle de Mammeri, l'anthropologue, dans la préservation du patrimoine immatériel est indissociable de son œuvre littéraire. Si ses romans comme "La Colline oubliée" ou "L'Opium et le Bâton" explorent les déchirements face à la colonisation, ils servent aussi de conservatoire pour les coutumes et les structures morales du terroir, estime-t-on.
"La préservation du patrimoine national, telle qu'il l'a conçue, ne se limite pas à l'archive, elle vise à réconcilier l'Algérie avec la profondeur millénaire de son histoire", pensent des universitaires.
APS
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