Conflit au Moyen-Orient: « On se dirige vers un enlisement et un élargissement de la guerre », selon Bassem Laredj

Conflit au Moyen-Orient: « On se dirige vers un enlisement et un élargissement de la guerre », selon Bassem Laredj

12/03/2026 - 10:40

L’agression américano-sioniste contre l’Iran marque, selon Bassem Laredj, président du Cabinet de Conseil Amane Risque Consulting, un tournant majeur dans l’équilibre stratégique au Moyen-Orient. Pour l’analyste, cette guerre constitue « une violation directe du droit international » et risque d’ouvrir la voie à un conflit durable aux conséquences économiques et géopolitiques mondiales.

Intervenant ce jeudi dans l’émission L’invité du jour, de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Bassem Laredj a d’emblée qualifié l’attaque américano-sioniste « d’agression ». Il estime que le Conseil de sécurité de l’ONU, qui vient de condamner les frappes iraniennes contre les bases américaines dans certains pays arabes, « aurait dû commencer par une condamnation claire de l’opération militaire visant Téhéran ».

Selon lui, cette séquence illustre une nouvelle fois l’affaiblissement du système international fondé sur le droit, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. « On voit aujourd’hui que l’on ne cherche même plus à respecter un semblant de droit international ni même les formes diplomatiques », souligne-t-il.

Dr Laredj estime que la stratégie de Washington reposait sur l’idée d’une intervention rapide visant à déstabiliser le pouvoir iranien. Si l’entité sioniste tente à travers cette agression d’ouvrir les portes à son plan expansionniste, « Donald Trump pensait qu’en assassinant le guide suprême iranien et certains dignitaires, cela pourrait faire tomber le régime et accélérer la fin de la guerre. » Mais cette hypothèse se heurte, selon lui, à la solidité du système politique iranien.

Face à cette stratégie, Téhéran adopte une approche inverse consistant à prolonger le conflit afin d’en augmenter le coût. « Les Iraniens sont dans une logique de résilience. Cela fait cinquante ans qu’ils vivent sous sanctions internationales et ils ont appris à s’adapter. Leur intérêt est de faire durer la guerre afin d’augmenter le coût pour leurs adversaires », explique Bassem Laredj.

L’une des principales cartes stratégiques de l’Iran reste le contrôle du détroit d’Ormuz, passage vital pour l’approvisionnement énergétique mondial. « Environ 20 % des hydrocarbures mondiaux transitent par ce détroit. Sa fermeture par l’Iran s’inscrit dans une stratégie visant à augmenter le coût de la guerre pour les États-Unis et leurs alliés », souligne l’analyste. Selon lui, cette décision « a déjà eu des effets sur les marchés » et « on se dirige vers un enlisement et un élargissement du conflit qui pourrait durer ».

« Le prix du pétrole est passé d’environ 75 dollars à plus de 100 dollars, avec des conséquences directes sur l’inflation mondiale et sur le coût de l’énergie pour les consommateurs, notamment aux États-Unis », ajoute-t-il.

Au-delà de l’aggravation de la crise économique mondiale, Laredj évoque également la possibilité d’une extension du conflit à d’autres acteurs régionaux. Alors que le Liban est directement impliqué et que les États du Golfe sont pris pour cible, l’entrée en guerre des Houthis pourrait aggraver la crise en impactant directement l’Égypte. Par ailleurs, la mobilisation des Kurdes risque de déstabiliser d’autres pays, notamment la Turquie.

Enfin, l’analyste n’a pas manqué de critiquer l’absence de réaction ferme des pays européens face à l’attaque. « L’Europe a raté une nouvelle occasion de se démarquer. Elle se présente souvent comme un défenseur du droit international, mais face à cette violation flagrante, les réactions sont restées très timides », estime-t-il.

Selon lui, ce manque de position claire pourrait, à terme, se retourner contre les Européens eux-mêmes.

Radio Algérie Multimédia

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