À l’approche de la saison estivale, la question de l’état du littoral algérien revient avec insistance. Intervenant dans l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Mme Salem Chérif Yousra, chef de département Environnement et Aménagement à l’École nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du territoire, a dressé un constat préoccupant sur la situation des côtes algériennes, soulignant « leur immense potentiel économique, touristique et écologique. »
Selon elle, le littoral algérien ne se porte pas toujours bien, notamment en raison des comportements humains qui contribuent à sa dégradation. « Tout au long de l’année, cela dépend des rejets, du comportement des citoyens par rapport au respect réglementaire et au respect environnemental », a-t-elle expliqué.
Elle regrette « l’absence d’une véritable culture écocitoyenne chez une grande partie de la population », estimant que « les conséquences de ces comportements se répercutent directement sur la santé, la sécurité sanitaire et le bien-être des citoyens ». « Tout ce qu’on donne à la mer, elle nous le rend après », a-t-elle affirmé.
Le littoral représente seulement 4 % de la superficie du territoire national
Mme Salem Chérif Yousra a rappelé que « les dernières études menées par le ministère de l’Environnement et des Énergies renouvelables, en collaboration avec l’Institut national de cartographie et de télédétection, estiment la longueur du littoral algérien à 2 148 kilomètres. Celui-ci est constitué à parts presque égales de côtes rocheuses, de falaises, de plages et de dunes. Un espace stratégique qui représente seulement 4 % de la superficie du territoire national mais qui concentre une grande partie de la population et des activités économiques. »
Nécessité d’optimiser le littoral et préserver les écosystèmes marins et côtiers
Pour l’universitaire, ce potentiel demeure « insuffisamment exploité de manière durable », ajoutant que « l’attractivité du littoral exerce une forte pression sur les espaces côtiers, nécessitant la mise en œuvre d’outils de gestion capables d’optimiser son utilisation tout en préservant les écosystèmes marins et côtiers ». Elle souligne que « les impératifs économiques conduisent souvent à des compromis qui fragilisent la faune et la flore. »
La vulnérabilité du littoral accentuée par les changements climatiques
La vulnérabilité du littoral algérien est aujourd’hui accentuée par les changements climatiques. La spécialiste évoque « l’élévation des températures atmosphériques et marines, l’acidification des eaux ainsi que les différentes formes de pollution issues des activités industrielles, des déchets urbains et du trafic maritime en Méditerranée ». « Une légère modification de la température ou de la salinité peut impacter considérablement l’écosystème et déséquilibrer toute la chaîne alimentaire », a-t-elle averti.
Les effets du réchauffement climatique sont déjà visibles en Algérie. La raréfaction des précipitations, la diminution des ressources en eau et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes figurent parmi les principales préoccupations. Mme Salem Chérif Yousra a notamment cité plusieurs épisodes de tempêtes marines ayant provoqué des submersions et des échouages de navires dans différents ports du pays. Selon elle, « des événements autrefois rares deviennent progressivement plus fréquents sous l’effet du changement climatique. »
La pollution constitue également « une menace majeure pour les côtes algériennes ». Interrogée sur les principales sources de contamination marine, elle a désigné en premier lieu les rejets domestiques et les rejets anarchiques liés à une urbanisation non conforme aux règles d’aménagement du littoral. « Il n’y a pas le respect de la loi Littoral qui définit clairement les limites physiques à ne pas urbaniser », a-t-elle déploré, rappelant que « chaque atteinte à l’environnement entraîne des répercussions multiples sur l’ensemble de l’écosystème. »
Suivi rigoureux de la qualité des eaux et des rejets industriels
Concernant les mécanismes de contrôle, elle a indiqué que « plusieurs organismes assurent le suivi de la qualité des eaux et des rejets industriels à travers des campagnes d’échantillonnage renforcées durant la période estivale. Les entreprises sont légalement tenues de traiter leurs effluents conformément aux normes en vigueur. Toutefois, la mise en application de la réglementation demeure parfois insuffisante. »
Adopter une conscience environnementale
Pour Mme Salem Chérif Yousra, « les textes législatifs existent et les normes sont clairement définies », soulignant que « le véritable défi réside dans leur respect et dans l’adoption d’une conscience environnementale plus forte (…) Car au-delà de la protection de la biodiversité marine, c’est avant tout la qualité de vie des citoyens qui est en jeu ». Comme elle l’a rappelé, « les premiers à subir les conséquences des atteintes au littoral restent les citoyens eux-mêmes. »
Farid B-Radio Algérie Multimédia
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