Bejaia : colloque national sur la chanson patriotique d’expression amazighe

Farid Ali
08/07/2026 - 06:53

Le thème «Chanson patriotique d’expression amazighe: textes, contexte et voix engagées» a fait l'objet d'un colloque organisé mardi à Bejaia, au cours duquel l'accent a été mis sur le rôle du chant patriotique dans la mobilisation de la société durant la Guerre de libération nationale.

Les participants à cette manifestation, organisée par le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA), se sont intéressés à la poésie chantée d’expression amazighe en tant qu’instrument de conscientisation politique, de mobilisation populaire et de préservation de la mémoire collective durant le mouvement national et la révolution.

Le co-président du colloque, Dr. Kamel Medjoub, a indiqué que les universitaires et chercheurs réunis au campus d'Aboudaou (Université de Bejaia) ont souligné que ce patrimoine immatériel a constitué un affluent majeur de la résistance nationale. Selon lui, le chant patriotique a su formaliser la conscience patriotique bien avant le déclenchement de la révolution, le 1er novembre 1954.

Il a, à ce propos, souligné l’impact de la poésie chantée dans l’éveil de la conscience collective. En s’alliant à la musique, le texte poétique s’adresse directement à l’affect et s’ancre plus facilement dans la mémoire collective. Sa structure rythmique en fait un vecteur de transmission de mots d’ordre et de sensibilisation bien plus mémorisable et accessible pour les masses populaires que d’autres outils, tels que les tracts par exemple, a-t-il expliqué.

La rencontre a été l’occasion de revenir sur les racines de ce chant qui remontent aux années 1940, a précisé le Dr. Medjoub. Entre autres œuvres, il a cité le célèbre chant «A Yemma Aâzizen ur ttru» (Ne pleure pas chère mère !) de Farid Ali et le texte de Hocine Ait Ahmed «Tura qrib ad nennay» (Bientôt nous combattrons), qui ont grandement contribué à la maturation de l’idée de l'indépendance.

L’argumentaire du colloque met, d’ailleurs, en relief la trajectoire de figures emblématiques telles que Taleb Rabah, démontrant la double fonction de ce patrimoine : un soutien psychologique et moral indéfectible pour les familles algériennes, doublé d’un puissant levier de cohésion identitaire.

Plusieurs chanteurs d'expression amazighe ont émergé, réanimant par le verbe le sentiment national à la faveur de la cause nationale. Parmi eux, ceux qui ont franchi le pas de l’engament sur le terrain en intégrant les rangs du Front de libération nationale (FLN), comme c'est le cas du chanteur Farid Ali, est-il rappelé.

L’apport des voix féminines a été également abordé. Le chant féminin s’est imposé comme une archive historique vivante, documentant les batailles, le sacrifice des martyrs et les exactions coloniales, tout en immortalisant les noms des chefs de la révolution, à l’exemple du colonel Amirouche Ait Hamouda, a-t-on mentionné.

Le colloque a pour objectif final de souligner l’importance de l’élaboration d’une cartographie nationale de la poésie de la résistance, l’institutionnalisation biennale de ce rendez-vous et la mise en place d’une plateforme numérique d’archivage de ce legs historique.

A noter que cette rencontre, en hommage au chanteur de la révolution, Allaoua Zerrouki et s’étalant sur deux jours, s’inscrit dans le cadre de la célébration du 64e anniversaire de la Fête de l'indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale.

APS

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