Ali Daoudi : « Segmentons les filières viandes pour maitriser la productivité et garantir la disponibilité »  

17/03/2024 - 12:34

Le retour à l’importation de la viande rouge pour réguler le marché national n’est pas la solution idoine pour l’enseignant-chercheur de l’institut national d’Agronomie (INSA), Ali Daoudi, qui prône une réelle et efficace relance de la filière nationale, selon une visibilité à long terme bien réfléchie d’autant que celle-ci est éminemment stratégique.

« La question de l’approvisionnement régulier du marché en toutes denrées confondues en général et en viandes particulièrement est une question importante, notamment, en périodes sensibles comme le mois de Ramadhan », a indiqué, ce dimanche, l’Invité de la rédaction de la Chaine 3 de la Radio algérienne. Selon lui, l’arbitrage par rapport à ce genre de produits, quant à assurer une disponibilité avec des prix accessibles à tous, doit tenir compte de l’intérêt des consommateurs  et en même temps sauvegarder l’appareil de production.

Pour ce faire, il faut tenir compte de deux éléments de l’équation lors de la prise de décision raisonnable en les résumant comme suit : « d’abord consolider l’appareil de production, qui est un gage de la préservation de notre sécurité alimentaire à long terme, et ensuite garantir l’accès des consommateurs à des produits de large consommation ».

Le recours à l’importation doit être, selon lui, une solution bien réfléchie et ne doit pas engendrer la casse de notre appareil de production. Elle doit être (l’importation, ndlr), indique-t-il, inscrite dans la stratégie globale de consommation de la viande rouge nationale tout en régulant les moments de crises de cet appareil.

Des maux à repenser

« Si on devait faire le diagnostic, largement partagé parmi les professionnels de la filière, le premier élément de fragilité essentiel demeure l’alimentation de bétail », déplore M. Daoudi.   

En plus, « nous avons un déficit structurel de plus en plus chronique en fourrage. En ce sens, tout est à faire pour développer les segments de la filière. Pour la développer, explique-t-il, il y a une marge de progression, mais très limitée. Car, poursuit l’orateur, nous comptons un pays où les fourrages naturels sont de plus en plus rares ou les steppes sont en dégradation et nous subissons des sécheresses récurrentes, sous l’effet du changement climatique, qui empêchent la production des fourrages en parties cultivées dans des espaces irrigués.

Ainsi, l’importation est devenue, selon lui, un recours structurel systématique, citant en exemple le cas de l’orge et du soja, pour rendre disponible l’alimentation de bétail en général. « La filière algérienne est ainsi devenue bien intégrée dans le marché mondial par les intrants alimentaires pour le cheptel national (ovins et bovins) », déplore encore l’analyste.

L’autre impératif, de son avis, c’est d’élever les petits éleveurs avicoles au niveau des grands éleveurs qui pilotent la filière pour fonctionner selon les normes industrielles internationales tout en maitrisant les techniques industrielles, selon un topo semi-intensif qui valoriserait éventuellement des produits locaux proposés à des prix abordables aux consommateurs, à qui il faut un accompagnement et une valorisation de savoir-faire.

« Il faut faire émerger des champions nationaux de tailles relativement importantes associés à des partenaires internationaux pour maitriser le modèle agroindustriel et faire des économies à l’échelle », préconise-t-il, insistant sur l’impératif de segmenter la filière avicole par la conversion de dizaines de petits éleveurs qui créent de l’emploi et de la richesse, entre semi-artisanal et semi-intensif, afin d’offrir une productivité améliorée et une visibilité à long terme pour les producteurs. »

De même pour la viande rouge qui souffre de l’absence d’informations concernant le nombre des producteurs et les besoins nécessaires par cheptel nous incitent, selon M. Daoudi, à réfléchir de manière sereine et efficace à une stratégie diversifiée qui prend, cas par cas, la chaine de valeur de la filière viande.

Radio Algérie Multimédia